Cima di Pinadee par Via Alta Val Carassino

En 2013, à l'occasion du 150ème anniversaire du CAS, la section tessinoise a équipé un parcours qui se déroule entièrement sur l'arête entre Val Carassino et Valle di Blenio. Cette randonnée alpine exigeante, nommée Via Alta Val Carassino, passe par Cima Sgiu, Cima di Pinadee e Cima di Brasciana et comporte plusieurs passages aériens et exposés. Elle se démarque par sa beauté panoramique qui permet de contempler toute la crête entre Torrone di Nav et Adula ainsi que la partie haute de Valle di Blenio.

Détails du parcours

Région: Tessin.

Point de départ: Lago di Luzzono (1620 m).

Accessible en transport publics: Oui.

Point culminant: Cima di Pinadee (2486 m).

Dénivelé positif: 1770 m.

Distance: 20.7 km.

Temps de marche: 08h00.

Difficulté: Randonnée T5.

Date de la course: 19 juillet 2020.


Description

Accès

Accès en voiture

Prendre l'autoroute A2 jusqu'à la sortie Biasca. Suivre ensuite les indications Lucomagno sur environ 23 kilomètres. À la sortie du village d'Olivone bifurquer à droite en direction de Ghirone. Traverser ce dernier village puis partir à droite en direction de Luzzone. Suivre la route sur presque 4 km, jusqu'au parking du barrage du Luzzone.

Pour écouter la randonnée il est possible de suivre une route étroite (croisement difficile), asphaltée seulement sur la première partie, jusqu'au pied de la retenue d'eau Carassina (plusieurs petits parkings au bord de la route).

Accès en transports publics

Depuis la gare de Biasca, prendre un premier car postal jusqu'à Olivone, puis un deuxième jusqu'à Ghirone et finalement un dernier car postal jusqu'à Diga del Luzzone. Parfois le même car postal desservi directement Diga del Luzzone depuis Olivone.

Bien que le point de départ soit desservi par les transports publics, les horaires des correspondances ne permettent malheureusement pas de faire la randonnée présentée ici en une seule journée: le premier car postal n'arrive à destination que vers 10h et le dernier part vers déjà vers 18h.

Dans le cas où les transports publics soient votre seul moyen de déplacement, une possibilité est de prévoir la randonnée sur deux jours avec une nuitée à la cabane Adula du CAS.

Du Lago di Luzzone au Lago di Carassina

J'ai laissé ma voiture sur le parking du barrage du Luzzone. À 8 heures du matin je n'ai eu aucune difficulté à trouver une place. J'ai emprunté les escaliers en béton pour mettre pied sur le barrage à hauteur de l'arrêt du bus.

Le barrage de Luzzone est célèbre pour avoir, le long du flanc, la paroi d'escalade artificielle la plus haute du monde. L'unique voie fait environ 160 mètres, elle est divisée en 5 longueurs et elle est équipée d'environ 600 prises. À chaque fois que j'observe cette voie j'ai un peu le vertige…

Pendant la traversée du barrage j'ai fait plusieurs pauses pour admirer le bleu émeraude du lac ainsi que toutes les montagnes qui le dominent.

Sur rive gauche du barrage partir à droite avant le tunnel routier (panneaux). Par une série d'escaliers en béton on descend jusqu'à la route asphaltée pour Compietto. Le chemin de randonnée suit la route qui monte par une série de lacets à travers la forêt. Des ouvertures offrent des beaux panoramas sur le lac artificiel.

Quelques zigzags plus haut on arrive à l'entrée d'un tunnel. Il faut malheureusement traverser cette étroite galerie illuminée de 600 mètres de long sans aération. En sortant du tunnel on peut observer, au lointain, la première partie de l'arête à parcourir, ce qui m'as vite fait oublier la courte mais déplaisante expérience dans le tunnel où le voitures n'ont pas d'autre possibilité que de frôler les piétons.

Poursuivre le long de la route qui n'est plus asphaltée. C'est bien plus agréable pour marcher, mais ça l'est moins quand les voitures passent à côté et soulèvent des nuages de poussière…

D'un faux plat on traverse Prati di Compietto (les Prés de Compietto) tout en longeant le large pied du majestueux Sosto.

J'ai été très étonné d'avoir été dépassé par une bonne dizaine de voitures. En plus de soulever des quantités impressionnantes de poussières elles faisaient du bruit. Or, j'avais espéré observer des animaux sauvages, mais avec tous ces vrombissements les chances étaient moindres. Je rouspétais dans ma tête quand j'ai aperçu une petite marmotte au bord de la route une vingtaine de mètres devant moi. Dès qu'elle m'eut aperçu elle a couru se cacher dans sa tanière, comme si j'étais plus dangereux qu'un véhicule… Plus loin, dans la prairie, il y avait une deuxième marmotte (plus replète et moins trouillarde) qui profitait tranquillement des premiers rayons de soleil sur un caillou.

Le petit barrage de Carassina (aussi appelé barrage de Compietto) est apparu après avoir passé un virage. Continuer à suivre la route jusqu'à une bifurcation. Le branchement de gauche monte en direction du Val di Carassino et celui de droite mène à l'alpage de Compietto (visible en contrebas). Suivre le premier jusqu'aux abords du petit lac de Carassina.

De Lago di Carassina à Cima Sgiu

Juste au-dessus du barrage, sur rive droite, on trouve le premier panneau bleu de Via Alta Val Carassino. Bien qu'il y ait eu une trentaine de voitures garés en contrebas du barrage, j'étais tout seul et j'entendais que le ruissellement de l'eau.

Emprunter les marches qui mènent sur le barrage même, le traverser et poursuivre sur le chemin balisé. Sur la droite le Sosto était de plus en plus imposant.

On rejoint rapidement quelques bâtiments à proximité de P. 1737. Contourner les bâtiments par la gauche. Le sentier, bien marqué, serpente ensuite dans la forêt. On rencontre très régulièrement des traces de balisage blanc–bleu–blanc, ce qui ne laisse aucun doute quant au parcours à suivre.

Dans un premier temps on traverse une forêt éparse et tout autour il y avait une multitude de fleurs de différentes couleurs. Le décours était tout simplement magnifique. La forêt devient ensuite un peu plus compacte et les fleurs ont laissé la place à myrtilliers et fougères. Bien que les myrtilles n'aient pas été tout à fait mûrs, je me suis arrêté à plusieurs reprises pour en déguster. La pente se redresse ensuite, mais on gagne un petit col sur l'arête à proximité de P. 1809 sans aucune difficulté technique (T2 tout au plus). La courte mais raide montée est largement récompensée par un magnifique panorama sur Olivone et Valle Santa Maria.

Depuis le col un chemin monte SSE le long de l'arête et très rapidement on rencontre les premières difficultés: le chemin est par endroits escarpé et plusieurs passages au bord de la falaise sont exposés. Le parcours est indubitablement devenu d'une cotation T4 et il est déconseillé aux personnes n'ayant pas le pied sûr ou sujettes au vertige.

La montée était agréablement fraîche car le soleil n'illuminait pas encore le versant W de la montagne. Le chemin monte d'une pente importante en restant plus ou moins proche de l'arête.

À partir de P. 1934 le chemin sort définitivement de la forêt et poursuit l'inexorable ascensions sur des pentes herbeuse le long de l'arête. La vue s'ouvre de plus en plus: le Sosto au NW, la Valle di Blenio à l'W, le Val di Carassino à l'E et le massif de l'Adula au SE. Ce dernier prend le nom du sommet le plus haut. Avec ses 3402 mètres d'altitude l'Adula (ou Rheinwaldhorn), est le sommet le plus haut du canton Tessin. Tout ce paysage est illuminé par le soleil pour un panorama éblouissant.

Sur l'arête on rencontre encore quelques courts passages exposés qui se franchissent sans aucune difficulté technique mais qui demandent un minimum d'attention.

En contrebas de P. 2240 un passage sécurisé par une corde métallique permet de contourner la petite pointe rocheuse par la droite sur une sente légèrement aérienne (mais sans difficulté technique).

Un peu plus loin le franchissement d'une pente rocheuse est facilité par des pointes et échelons fixés dans la pierre. On suit ensuite l'arête et quelques pas plus loin on arrive face au premier passage technique. Dans un premier temps l'arête rocheuse, qui comporte des très bonnes prises naturelles pour les mains et les pieds, devient légèrement exposée. S'ensuit une dalle rocheuse de 5-6 mètres à escalader. Le passage est particulièrement aérien et exposé mais il est largement équipé avec des échelons qu'on peut utiliser pour mains et pieds. Il y a aussi un câble en acier (style "ligne de vie" de Via Ferrata). Vu depuis le haut de la dalle rocheuse, ledit passage est encore plus impressionnant et vertigineux. Ce n'est pas encore le temps de se détendre car il faut poursuivre sur une vire rocheuse, puis gravir quelques pas sur le rocher, parcourir ensuite quelques mètres sur une arête rocheuse exposée et finalement descendre verticalement sur plusieurs mètres. Comme pour la dalle rocheuse, la suite est aussi équipée d'échelons en acier (mais pas de câble).

Après quelques mètres d'arête rocheuse moins exposée (légèrement équipée) on continue sur une sente qui remonte les pentes herbeuses (toujours le long de l'arête ou jamais trop loin) jusqu'au cairn sur une antécime sans nom (P. 2350).

Descendre d'une pente douce sur une dizaine de mètres, puis franchir un nouveau passage exposé: après une descente verticale sur 6–8 mètres dans la paroi rocheuse, il faut franchir des gros cailloux plus ou moins à l'horizontale sur 4–5 mètres. Le passage se termine avec une deuxième descente verticale de 10–12 mètres. Un câble en acier sécurise tout le tronçon et les échelons installés aident dans la progression.

Une sente bien visible poursuit la montée à travers les pentes herbeuse jusqu'à gagner Cima Sgiu, sans cairn ni croix.

De Cima Sgiu à Cima di Pinadee

Au sommet de Cima Sgiu il y avait un peu d'air. J'ai alors poursuivi sur le chemin jusqu'à une butte herbeuse une cinquantaine de mètres plus loin. Je me suis posé pour prendre une pause tout en profitant de la magnifique vue. Au moment de reprendre la route, j'ai remarqué qu'un couple de randonneurs derrière moi s'attaquait à la descente exposée après P. 2350.

Depuis la butte herbeuse le chemin balisé descend plein S et traverse le flanc E de la montagne (ce qui ne corresponds pas aux cartes topographiques sur lesquelles le chemin poursuit le long de la crête jusqu'à proximité de P. 2368 avant de descendre plein E).

Le flanc E de la montagne est assez raide et la sente et parfois étroite, ce qui rend la traversée assez exposée. On contourne ensuite une pointe rocheuse par une petite vire sécurisée par une câble, puis on rejoint à nouveau l'arête.

En suivant plus ou moins l'arête on gagne un col (P. 2298) puis on remonte par une sente peu visible jusqu'à une antécime qui culmine à environ 2360 mètres d'altitude. Traverser ensuite un pierrier et contourner la pointe rocheuse (P. 2376) par la gauche puis continuer sur une cinquantaine de mètres d'un faux plat. Sur la carte le chemin continue à flanc de coteau sur quelques 350 mètres avant de remonter le long de l'arête en direction de P. 2406, mais sur place le chemin balisé remonte le long de l'arête avec plusieurs passages ludiques sur les rochers.

Peu après avoir contourné P. 2406 on a un nouveau passage exposé qui comporte une traversée de plusieurs mètres sur une dalle rocheuse puis une descente verticale. Tout le passage est sécurisé par un câble et équipé avec des échelons.

Le chemin traverse à nouveau des pentes herbeuses et par endroits la sente n'est pas très visible. Vers 2370 mètres d'altitude le chemin part à gauche à flanc de coteau (en tout cas sur la carte). Je ne sais pas trop à quel moment j'ai dévié du chemin officiel, mais de mon côté j'ai continué l'ascension le long de l'arête jusqu'à rejoindre P. 2404. Au sommet, en ne voyant plus trop de traces, j'ai consulté la carte topographique et je me suis rendu compte que le chemin balisé passait une cinquantaine de mètres plus bas. J'ai donc dévalé les pentes herbeuses assez raides jusqu'à récupérer le sentier qui passe ensuite en contrebas de Forca di Pinadee (Fenêtre de Pinadee).

Depuis Forca di Pinadee il ne reste que 120 mètres à gravir sur de gros rochers pour gagner le sommet le plus haut de la randonnée. L'ascension est plus facile de ce qu'elle paraît: les rochers sont en effet très stables et le parcours remonte très habilement à travers eux. En contrebas du sommet un dernier court passage avec de la ferraille permet de franchir un gros bloc rocheux. C'est ainsi que moins de 5h après avoir quitté le barrage de Luzzone j'étais à côté du gros cairn érigé au sommet de Cima di Pinadee, depuis où on a une vue à 360 degrés sur le Val Blenio, le Val Carassina, la chaîne montagneuse de l'Adula et plein d'autres sommets.

De Cima di Pinadee à Cappella di Termine

La descente depuis Cima di Pinadee commence avec quelque pas escarpés mais sans aucune difficulté technique. La suite est un chemin très agréable qui descends le long de la crête d'une pente très douce. Le paysage reste magnifique et étant donné qu'il n'y a plus de grandes difficultés on a le temps d'en profiter tout en marchant. On rejoint ainsi tranquillement Cima Brasciana depuis où on a une vue surplombante sur la cabane Adula du CAS.

Le chemin poursuit son inexorable mais paisible descente sur la crête ou jamais très loin jusqu'à Cappella di Termine, qui marque la fin de la Via Alta Val Carassino.

Remarques sur la Via Alta Val Carassino

La Via Alta Val Carassino est un magnifique parcours panoramique. Il présente plusieurs passages exposés qui sont largement équipés avec des échelons métalliques et/ou des câbles en acier. Je trouve presque regrettable qu'il y ait autant de ferraille dans certains passages car on ne cherche plus à utiliser les prises naturelles dans le rocher pourtant bien présentes. Cela dit le travail est très bien fait et le parcours peut se faire sans aucun matériel supplémentaire. Il faut néanmoins avoir un pied très sûr et ne pas être sujet au vertige.

Bien que la Via Alta soit balisée en blanc–bleu–blanc entre le Lac di Carassina et Cappella di Termine, l'ascension jusqu'au col à proximité de P. 1808 ainsi que la descente entre Cima di Pinadee et Cappella di Termine ne comportent aucune difficulté technique (la cotation de ces deux tronçons ne dépasse pas T2-T3).

L'itinéraire peut être parcouru dans les deux sens mais la direction Nord-Sud (c.-à-d. telle que décrite) est préférable pour (au moins) deux raisons: tout d'abord on franchit la partie raide après le col à proximité de P. 1808 à la montée. Deuxièmement le passage très aérien et technique à franchir pas loin de P. 2240 est en premier et en cas de doute on peut facilement rebrousser chemin.

Le parcours est bien plus long de ce que l'on croit. Je recommande donc de partir relativement tôt et assurez-vous de prendre suffisamment à boire car il n'y a pas de points d'eau et toute l'arête est exposée au soleil.

De Cappella di Termine au Lago di Luzzone

La Via Alta a été plus longue et exigeante de que j'avais estimé, mais ça en vaut la peine. L'énergie dépensée m'a fait venir une énorme envie de gâteau. Cela a été renforcé en voyant la cabane Adula pendant une bonne partie de la descente. En arrivant à Cappella di Termine j'ai donc poursuivi plein S sur la route carrossable puis une cinquantaine de mètres plus loin j'ai bifurqué à droite et par une courte descente j'ai gagné la cabane Adula du CAS.

Je me suis installé sur la terrasse à moitié vide et j'ai commandé une tranche de gâteau au chocolat (il ne restait plus que ça) et une gazzosa (une boisson à base d'eau sucrée aromatisée et légèrement gazéifiée très typique au Tessin). J'ai dégusté le tout en profitant de la superbe vue sur la vallée et les hautes falaises de Cima di Brasciana.

Après le ravitaillement, retourner à Cappella di Termine. Ensuite il faut parcourir tout le Val Carassino. Pendant qu'on marche sur la route carrossable on peut admirer l'arête parcourue sous plusieurs angles. Environ 6 bonnes kilomètres plus loin on gagne la retenue d'eau de Carassino. De là on retourne au barrage de Luzzone par le même itinéraire qu'à l'aller.


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